Plongée au cœur d’une favéla à Rio de Janeiro.

Allez dire à un brésilien de souche que vous êtes en passe de faire une visite au cœur d’une favéla et observez sa réponse! Elle risque d’être taillée dans l’incompréhension. Pour cause, dans la culture brésilienne les favélas sont synonymes de pauvreté, insécurité et restent dans la culture populaire un nid à trafiquants de cocaïne et autres produits illicites. Ce comportement est parfaitement compréhensible et reste lié à la volonté qu’on la plupart des brésiliens de se faire une place au soleil dans un pays où l’économie affiche une insolente croissance et ouvre un large champ des possibilités.
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Pourtant, si vous voulez vous forger une opinion du Brésil et de l’important fossé qui existent vis à vis des disparités socio-économiques rien ne vaut une petite excursion dans une favéla, mais attention prenez garde à respecter certaines consignes sinéquanones d’une prise de risque minimale. Dans les favélas dites “non pacifiées” c’est à dire celles où la police n’a pas mis un terme aux trafics en tous genres, il est fortement recommandé de se déplacer accompagné d’un local ou d’un guide habitué aux lieux.
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Évitez de vous habiller avec des effets personnels et vêtement de marque et de valeur. Au niveau de la prise de vue demandez toujours avant de photographier des personnes et préférez les appareils photo de petite taille. Évitez formellement d’utiliser votre smartphone en guise d’appareil photo, un tel appareil coûte en effet jusqu’à deux fois plus qu’en Europe et se revend à merveille au marché noir.
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Pour cette immersion la favéla de Dona Marta ou encore Santa Marta fut retenue. De taille moyenne et pacifiée depuis 2008 la favéla Santa Martha est aussi la favéla offrant le plus de déclivité à Rio de Janeiro. Accrochée au Moro Santa Marta, la vue sur le quartier de Botafogo est juste exceptionnelle, tout comme celle sur la baie de Guanabara et du pain de sucre que vous pouvez contempler en vous hissant au sommet de la favéla Santa Marta.
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Pour accéder au point culminant de la favéla Santa Marta il existe un petit funiculaire gratuit: c’est le seul moyen de transport existant permettant de se hisser sans effort et en évitant les zones à risques de la favéla. De part le passé ce petit funiculaire était un vecteur sous l’emprise des trafiquants de drogue, désormais il est possible de se déplacer librement et sans crainte de se faire agresser tant qu’il fait jour.
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À la station la plus élevée de ce même petit funiculaire aux airs vétustes, l’ambiance est totalement différente du reste de la ville et du “centro” de Rio de Janeiro. Des habitantes coutumières des lieux se rassemblent et sont présentes en permanence sur cette plate forme située non loin d’une église catholique d’où il est coutume d’entendre de la musique et en fonction de l’heure la messe dans un portugais très chantant. Vous vous retrouvez ainsi à la frontière entre le sommet du morro Santa Marta encore livré à l’état sauvage et les première habitations.
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Se frayer un passage dans le dédale des ruelles de la favéla Santa Marta renforce la sensation de se retrouver au sein d’un vaste labyrinthe et risque de mettre à mal votre sens de l’orientation. En avançant sur une frêle passerelle en béton vos fondements d’européen risque d’être mis à mal. Vous commencez l’immersion dans la favéla Santa Marta et notez l’anarchie dans laquelle s’est édifiée la favéla: des constructions sommaires en bois sont sur le point de s’effondrer, celles qui  vous surplombent vous inquiète. En tournant la tête à gauche, le panorama inhabituel sur Rio de Janeiro se dresse avec en premier plan les toits des favélas dont certains sont mal en point.
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Des poules sont en liberté et règnent en maître sur les escarpement insalubres de la favéla d’où s’échappe lorsque le temps est lourd et humide une pesante odeur putride. Premier choc, vous vous rendez ainsi compte que le tout à l’égout n’existe pas sur place, l’écoulement des eaux usées se fait bon gré malgré via des rigoles à l’air libre qui ne sont autre que des émissaires à ciel ouvert. Face à cette réalité vous vous demandez comment font des gens pour vivre dans un pareil milieu. Ils n’ont en effet pas le choix et restent poussés en marge du centre ville de Rio de Janeiro où le prix des loyer reste soumis à une constante inflation et des prix prohibitifs pour les plus démunis.
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Le clou du périple reste la statue de Mickael Jackson édifiée au beau milieu d’une terrasse. Cette icône de la pop avait tourné en 1996 dans cette même favéla une partie de son clip intitule “don’t care about us”. Une action qui n’avait pas fait l’unanimité à l’époque au sein de la classe politique cariocas: la ville de Rio de Janeiro souhaitant au possible camoufler aux yeux du monde la vue des favélas en vue d’éventuellement accueillir les jeux olympiques de 2004.
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Au sommet de la favéla de Santa Marta se trouve un petit col lequel permet d’avoir une vue dégagée sur la baie de Guanabara et le pain de sucre. C’est au sommet de ce point de vue que bon nombre des photos mondialement connues du pain de sucre furent réalisées, avec dans la baie bon nombre de bateau au mouillage et en face un aperçu de la ville voisine de Niterói reliée par un long viaduc traversant l’imposante baie de Guanabara. Sur le chemin du retour vous noterez un terrain de football et un détachement de la police militaire, cette présence rassure les habitants de la favéla de Santa Marta et reste le symbole de l’engagement réalisé par l’état de Rio de Janeiro dans la lutte contre le trafic de drogue et la volonté de désarmer les favélas.
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Dans votre progressive descente en direction de la rua são clemente vous risquez encore d’être surpris et dépaysés. En plus des ruelles étroites et passant sans ordre précis entre les habitations de la favéla de Santa Marta vous allez découvrir la façon dont vivent la plupart des habitants lambda de la favéla Santa Marta. De petits bars improvisés rassemblent les hommes alors que les enfants jouent à même la rue accompagnés de chats errants au demeurant peu agressifs.
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L’art existe aussi dans l’enceinte de la favéla Santa Marta, des graffeurs ont contribués à leur façon à l’embellissement de leur quartier en dessinant à même le mur des maisons des tableaux à caractère religieux ou d’autre dont le sens global est difficile à saisir. Un façon aussi de canaliser la créativité des jeunes d’une manière à ce qu’elle ne gêne personne.
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Pour visiter une favéla il faut savoir rester humble et s’ouvrir aux autres. Dans bon nombre de favélas débarrassées des brigands la vie retrouve progressivement sont cours, les inégalités tendent sur le futur à se réduire. Néanmoins la pauvreté règne encore et toujours au sein de ces bidonvilles aux logements vétustes et anarchiques. Une vie en marge de la société de surconsommation et le rêve pour la jeunesse des favélas d’accéder au train de vie ne  serait-ce des classes moyennes vivant à seulement quelques centaines de mètre de là.
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 En prétendant visiter une favéla ne vous sentez pas coupable de voyeurisme, mais considérez plutôt cette visite comme une découverte objective d’une autre réalité qui module la vie et la lutte des classes au Brésil. Si vous parlez un peu portugais n’hésitez pas à entamer une conversation, vous vous rendrez compte de la chaleur qu’ont les gens malgré leurs difficultés à vivre décemment. Une belle leçon de vie qui va vous aider à comprendre le sens des choses.
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